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Musee Estrine Drouillet Sans titre ME 1995.01
Musee Estrine Drouillet Sans titre ME 2004.30

Gérard Drouillet – Entre Chien et Loup

Gérard Drouillet nous a quittés en 2011, laissant derrière lui une œuvre puissante et multiple aux racines profondément méditerranéennes, encore très méconnue du grand public. Installé à Eygalières depuis le début des années quatre-vingt, il est devenu au fil des ans une figure artistique majeure de ce territoire. Né à Marseille en 1946, Gérard Drouillet se dirige d’abord vers la peinture et suit l’enseignement de Vincent Bioulès à l’École des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence. Il complètera ensuite sa formation dans les ateliers de la graveuse Germaine Pratseval et de la céramiste De Terris. Après huit années passées en Alsace, il revient dans les Alpilles et réalise à côté de son travail pictural, de nombreuses céramiques, d’abord dans l’Atelier Buffile à Aix-en-Provence puis dans celui de Guy Bareff à Tulette. Le musée Estrine lui a consacré trois expositions monographiques (une par décennie) et conserve aujourd’hui un ensemble important d’œuvres. Pour cette nouvelle présentation, l’œuvre de Gérard Drouillet sera abordée sous un angle historique, celui des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, et mise en perspective avec d’autres productions artistiques. Ainsi des œuvres de Dubuffet, Chabaud, Chaissac, Combas, Doucet, Viallat, etc. dialogueront avec celles de Drouillet, afin de rendre visibles les généalogies et les correspondances et de permettre, enfin, à cette peinture de trouver toute sa place dans l’histoire de l’art.

 

Gérard Drouillet – Sans titre, 1990
Tempera sur papier – Musée Estrine, 2004.30

 

Gérard Drouillet – Sans titre, 1990
Tempera sur toile – Musée Estrine, 1995.01

 

Artistes exposés :
Victor Brauner
Günter Brus
Bernard Buffet
Auguste Chabaud
Gaston Chaissac
Robert Combas
Alan Davie
Fred Deux 
Jacques Doucet
Gérard Drouillet
Pierre François
Roger-Edgar Gillet
Jean Messagier
Louis Pons
Jean Raine
Serge Rezvani
Maurice Rocher
Claude Viallat
Scottie Wilson

Victor Brauner – Roumanie, 1903 – Paris, 1966. Peintre.
Victor Brauner commence à peindre en 1917, alors qu’il fréquente l’école évangélique de Braïla. En 1919, il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Bucarest d’où ses travaux, jugés scandaleux, le font rapidement exclure. Sa première exposition a lieu en 1924 à Bucarest. Brauner participe au mouvement du « Dadaïsme Roumain » jusqu’en 1930. La même année, il s’installe à Paris chez son compatriote et ami Constantin Brancusi. Proche de Giacometti et Tanguy, Brauner adhère officiellement au groupe des Surréalistes en 1932. En 1933, Yves Tanguy le présente à André Breton, puis il rencontre René Char. En 1934, il pratique le dessin automatique et peint de nombreux tableaux où le thème de l’œil revient sans cesse. La même année a lieu sa première exposition parisienne à la galerie Pierre. En 1938, au cours d’une altercation, Brauner perd l’œil gauche. En 1940, assigné en résidence surveillée, il réalise, faute de moyens, ses premiers dessins à la bougie qui donneront ensuite naissance aux peintures à la cire. En 1965, Brauner représente la France à la Biennale de Venise. Peintre des prémonitions, il crée des images insolites et des figures chimériques en empruntant aux arts primitifs et aux sciences occultes l’expression des archétypes universels.

Günter Brus – Ardning (Autriche), 1938. Peintre, graphiste, essayiste.
Après des études artistiques à Graz à partir de 1953, Günter Brus rejoint le groupe de l’actionnisme viennois en 1964, mouvement qui met en scène, dans des performances caractérisées par un esprit provocateur et agressif, les formes ultimes de l’expérience corporelle. L’actionnisme viennois se situe dans le contexte du développement des performances en Europe. La spécificité de l’actionnisme viennois réside dans des mises en scène violentes où le caractère sacrificiel et punitif doit ouvrir la voie à un processus de libération. Les performances de Günter Brus mettent en scène son propre corps et furent souvent marquées par la provocation et la transgression des tabous. Dès sa première performance, Ana en 1964, l’artiste met au centre de ses actions les formes ultimes de l’expérience physique. La tentative d’aller jusqu’à ses propres limites physiques, voire de les dépasser, est le thème central d’une partie de ses performances. Sa première exposition de dessins fut montrée à Cologne en 1971 et l’ensemble de ses travaux à Paris, entre autres, en 1983 et 1985. En 1994 le Centre Beaubourg de Paris a exposé l’ensemble de ses actions et de son œuvre graphique. En 2007 se tient l’exposition Aurore de minuit au Musée d’art moderne de Saint-Etienne.

Bernard Buffet – Paris, 1928 – Tourtour, 1999. Peintre, illustrateur.
En 1944, Bernard Buffet suit les cours de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et ceux de Darbefeuilles. Il reçoit les conseils d’Othon Friesz et expose pour la première fois au Salon des Moins de Trente Ans en 1946, puis dans une librairie du quartier latin où Pierre Descargues le remarque. Dans le contexte de l’après-guerre, son univers froid au graphisme aigu connaît un succès immédiat. Ses tableaux expressionnistes et réalistes sont reconnaissables par la rigidité de leur dessin et l’austérité des couleurs utilisées. En 1948, il reçoit le Prix de la Critique et Emmanuel David, qui devient son marchand, est touché par son style misérabiliste, l’ascétisme de ses traits anguleux, verticaux et réduits à la plus simple expression. Sa palette s’éclaircit à partir des années 1970. Peintre de compositions, d’animaux, portraits, il a également réalisé des décors de théâtre et de ballet pour Roland Petit notamment. Ami de Jean Giono dont il a illustré certaines œuvres, il s’installe à Manosque en 1951 et plus tard à Château-l’Arc en Provence. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1971, il fait partie de l’Académie des Beaux-Arts en 1974 peu après la création d’un musée Bernard Buffet au Japon. Tout au long de sa vie, il a exposé dans de très nombreuses villes à travers le monde : Londres, New York, Chicago, Milan, Venise, Johannesburg, Moscou. Son œuvre est encore connue et reconnue comme l’une des plus marquantes du XX° siècle.

Auguste Chabaud – Nîmes, 1882 – Graveson, 1955. Peintre, sculpteur.
Auguste Chabaud entre à 15 ans à l’École des Beaux-Arts d’Avignon, avant de s’installer à Paris en 1899. Il rencontre Matisse, Derain, Puy, Laprade. Contraint de gagner sa vie, il s’embarque en 1901 sur un navire marchand en partance pour l’Afrique. Le suicide de son père le contraint au retour. Ne pouvant que rarement acheter toiles et couleurs, il dessine sur du papier de boucherie. De son service militaire en Tunisie, il rapporte de nombreux dessins et des peintures petit format. Jusqu’en 1914, il alterne les séjours entre Paris et Graveson, élaborant une œuvre puissante, directe, à la fois fauve et expressionniste qui le situe dans les rangs de l’avant-garde. Il fréquente le Moulin de la Galette, les cabarets, les maisons closes de Montmartre, qui deviennent ses sujets de prédilection. Il expose au Salon des Indépendants, au Salon d’automne, au salon des Tuileries, à Toulouse, est invité à une exposition de la Neue Secession à Berlin, expose dans diverses galeries à Paris, au Salon de mai à Marseille. En 1913, aux États-Unis, il a participé à l’Armory Show avec Picasso et d’autres grands peintres. La critique le salue, les collectionneurs étrangers s’intéressent à lui. Après la guerre, il s’installe définitivement à Graveson et puise désormais ses sujets dans son environnement provençal : paysages, scènes agricoles, natures mortes. Il expose à plusieurs reprises à Paris, puis Lyon, Berlin, Tunis, Nîmes, Aix-en-Provence, Marseille et publie de nombreux écrits.

Gaston Chaissac – Avallon, 1910 – La Roche-sur-Yon, 1964. Peintre, écrivain-épistolier.
Gaston Chaissac est initié à la peinture par Otto Freundlich, en 1937. Encouragé dans cette voie, il invente très rapidement un alphabet pictural qu’il va faire évoluer tout au long de sa vie. Il s’inspire des recherches artistiques de ses contemporains tout en renouvelant en permanence son geste, des dessins-dentelle à l’encre de Chine aux totems en matériaux de récupération. Ses aplats de couleurs cernés de noir et ses compositions mi-abstraites mi-figuratives rendent son œuvre facilement reconnaissable et stimulante. Conjointement à la peinture, il développe une œuvre épistolaire : des milliers de lettres envoyées pendant plus de vingt ans qui vont lui permettre de tisser des liens avec un grand nombre de ses contemporains : artistes, écrivains, journalistes, critiques d’art. Bien qu’autodidacte, il est loin d’être l’artiste « indemne de culture » tel que le définit le concept d’Art brut. Jean Dubuffet lui-même admettra que Gaston Chaissac était trop informé du champ artistique et littéraire pour être classé comme un artiste « brut ». Après sa mort, Gaston Chaissac sera finalement intégré dans l’histoire de l’art moderne.
Des artistes reconnus comme Georg Baselitz ou Robert Combas revendiquent son influence directe.

Robert Combas – Lyon, 1957. Peintre, sculpteur et illustrateur.
Bien que né à Lyon, Combas grandit à Sète. Il étudie l’art puis s’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Montpellier en 1975. Il est connu pour avoir fondé le mouvement de figuration libre, proche esthétiquement du néo-expressionnisme aux États-Unis, comme contrepoids à l’art minimaliste et conceptuel aux côtés de Rémy Blanchard, François Boisrond et Hervé Di Rosa à la fin des années 1970. Combas développe son style figuratif en s’inspirant de la culture populaire, des graffitis, des bandes dessinées et du Street Art. Son mélange de lignes brutes et de couleurs audacieuses fait référence à l’art brut et au mouvement CoBrA, et ressemble au style graphique pop de Keith Haring. En 1979, il présente ses toiles à Saint-Etienne dans le cadre de l’exposition Après le classicisme. Il y fait la rencontre de Bernard Lamarche-Vadel, critique d’art, Rémi Blanchard, Jean-Charles Blais, Jean-Michel Alberola, Denis Laget et Catherine Viollet avec lesquels il organise une exposition dans l’appartement de Vadel en 1981, marquant la naissance de la figuration libre. Il vit et travaille toujours à Paris. Ses peintures démontrent une attitude nouvelle face à l’art, le rendant immédiatement lisible, en somme un simple produit de consommation courante, facile à voir et à oublier.

Alan Davie – Grangemouth (Ecosse), 1920 – Hertfordshire (Angleterre), 2014. Peintre, musicien de jazz.
James Alan Davie étudie à l’Edinburgh College of Art. Au cours d’un voyage en Italie, il découvre l’art de la Renaissance ainsi que le travail de Pollock à la collection Guggenheim de Venise. En 1948, il gagne sa vie en vendant des bijoux artisanaux, enseigne à la London’s Central School of Arts and Crafts et à l’université de Leeds. Parallèlement, il mène une carrière de saxophoniste de jazz, notamment dans le groupe Tommy Sampson Orchestra. Dans les années 1970, il enregistre avec des musiciens de free jazz de Londres tels que Tony Oxley et Barry Guy. En 1956, lors de sa première exposition à New York, il rencontre Pollock, Mark Rothko et Willem De Kooning. Comme dans une improvisation musicale, Davie laisse apparaître à l’aide d’une libre gestuelle une peinture abstraite très colorée. Peu à peu, ses œuvres se chargent de significations symboliques et de références ritualistes inspirées des Indiens Navajo, des Aborigènes australiens, de l’Égypte ancienne, des Celtes ou des Caraïbes. Nommé commandeur de l’ordre du British Empire en 1972, Alan Davie est élu à la Royal Academy of Arts en 2012. De nombreuses rétrospectives lui sont consacrées, dont l’une à la Tate Britain à Londres, qui ouvre ses portes quelques jours après sa mort.

Fred Deux – Boulogne-Billancourt, 1924 – La Châtre, 2015. Dessinateur, graveur.
D’origine familiale très modeste, Fred Deux est autodidacte. Ouvrier spécialisé puis libraire à Marseille en 1947, il dessine et s’éveille à la littérature dans le même temps. Ses maîtres en peinture sont Ernst, Brauner, Paul Klee. Il s’installe à Paris en 1951, rencontre André Breton et se joint au groupe des surréalistes qu’il quitte en 1954. Ses premiers dessins apparaissent en 1948, encore très influencés par Klee, mais il évolue rapidement vers une auto-investigation : « Ma fonction de dessinateur est de creuser jusqu’à ne plus recevoir de lumière et descendre jusqu’au plateau des fonds ». Ses dessins fantastiques peuplés de figures oniriques semblent prêts pour toutes les métamorphoses. Il s’installe dans l’Ain en 1959, puis dans le Berry en 1974, et pratique avec talent la double discipline du dessin et de l’écriture. Les textes rédigés parallèlement aux dessins deviennent des livres à partir de 1977. Dès lors, écriture et dessins resteront irrémédiablement liés. Il s’installe à La Châtre en 1985 et ne quittera plus cette bourgade où « le temps, certains jours, s’arrête » comme il le dit lui-même. Il s’y éteint en septembre 2015.

Jacques Doucet – Boulogne sur Seine, 1924 – Paris, 1994. Peintre, poète, dessinateur, graveur.
D’abord poète, Jacques Doucet rencontre pendant la guerre Max Jacob qui l’encourage à dessiner. Il continuera cette activité jusqu’à la fin de sa vie. Il commence aussi à peindre et expose en 1943 avant d’être emprisonné à la Santé pour ses opinions politiques. À la Libération, il fréquente les académies de Montparnasse. En 1947 il rencontre Corneille et Atlan, adhère au « Surréalisme révolutionnaire » et devient membre du mouvement CoBrA dont il sera le seul représentant français. Il alterne jusqu’à la fin de sa vie expositions régulières (France, Italie, Pays-Bas, Suède et Danemark) et grands voyages. Ses premières œuvres ont été influencées par Klee et Miró et sont marquées par l’humour et le jeu. Après CoBrA, sa peinture devient plus abstraite et évolue sans rupture, trouvant rapidement son langage propre fait de formes qui s’articulent les unes avec les autres. Doucet réalise également de nombreux collages à partir d’éléments divers, papiers, cartons auxquels il adjoint encres et peinture dans lesquels il excelle à dégager la poésie du matériau. Ses œuvres figurent dans les collections de nombreux musées français et étrangers (Suède, Hongrie, Israël, Danemark, États-Unis…)

Pierre François – Sète, 1935 – Sète, 2007. Peintre.
Inscrit aux Beaux-Arts de Paris, il n’y prendra jamais aucun cours. Pendant quelques temps, il travaille ponctuellement comme graphiste pour des journaux, des publicitaires. De retour à Sète, il mène de front la peinture et son travail dans un parc à huitres. Sa rencontre avec André Benedetto le propulse dans le milieu du théâtre engagé ; il devient alors peintre décorateur. Quand il découvre l’acrylique, Pierre François se met à peindre sur tous les supports possibles : toiles, fresques, affiches, livres, revues, costumes de théâtre, décors, mais aussi les supports issus du folklore sétois (éléments des joutes nautiques, volets, fenêtres, quais, etc.) Il réalise aussi des toiles symbolisant la pluralité culturelle et par son travail sur les objets, on peut le relier au Pop-Art. Influencé principalement par Raoul Duffy et son graphisme léger, ses couleurs vives, Braque dans ses collages élégants, mais aussi par Picasso, Soulages, Dubuffet, il est surtout connu pour son travail sur la figuration et l’influence qu’il a pu avoir sur les jeunes peintres de la figuration libre. Plusieurs de ses œuvres sont exposées au musée Paul Valéry de Sète et figurent dans des collections privées du monde entier.

Roger-Edgar Gillet – Paris, 1924 – Saint-Suliac, Ille-et-Vilaine, 2004.  Peintre, graveur, sculpteur.
Il fréquente l’École Boulle de 1939 à 1944 puis l’École des Arts décoratifs de Paris. Professeur à l’Académie Jullian, il fait partie du mouvement de la Jeune Peinture française. On peut distinguer plusieurs moments dans son œuvre : après une période purement informelle, il évolue vers la figuration dans les années 1950, utilisant des thèmes divers comme les Villes, les Personnages, Les Mutants, les Marines. Il y fait preuve d’un expressionnisme visionnaire, intéressé par le faire, le savoir-faire et le travail des matières, des couleurs, comme l’écrit Lydia Harambourg, « …un étrange théâtre se met en place où intervient un cortège de silhouettes livides, dans des tons assourdis, brutalement éclairés par des lueurs irréelles ». Son univers est constitué de turbulences et de guerres secrètes en d’infinies variations. Ses tableaux naissent souvent de visions contraires et divergentes, de conflits intimes s’interposant, se superposant et finissant par se combattre jusqu’à ce qu’émerge le sujet définitif, presque par hasard, comme s’imposant de lui-même. La collection du musée Estrine détient plusieurs œuvres de Roger-Edgar Gillet.

Jean Messagier – Paris, 1920 – Montbéliard, 1999. Peintre, graveur, sculpteur, poète.
En 1947 a lieu sa première exposition personnelle à Paris dans la Galerie Arc-en-Ciel après de longs voyages en Italie et en Algérie. De 1945 à 1949, il se montre sous l’influence de Pablo Picasso et de François Desnoyer qui fut son professeur à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris de 1942 à 1944. Messagier est révélé de nouveau au public lors de l’exposition organisée par Charles Estienne à la Galerie de Babylone, en 1952, sous le titre La Nouvelle École de Paris. L’année suivante, Messagier rompt délibérément avec le post-cubisme à tendance expressionniste. Il s’appuie alors sur Jean Fautrier et Pierre Tal Coat pour élaborer une vision personnelle et produit des œuvres dont la forme est celle-là même de l’émotion. Réalisant aussi bien des sculptures, tapisseries, chars de carnaval, montgolfières, étiquettes de bouteilles de vin, il est également poète, compositeur de musique et surtout peintre. Rattaché à l’École de Paris d’après-guerre, on le qualifie confusément d’abstrait lyrique, de nuagiste, de tachiste, de paysagiste abstrait. Lui-même n’a jamais voulu se définir ; il a toujours renoncé à la dualité abstraction – figuration, et constitue une étonnante réussite d’équilibre instable entre virtuosité et profondeur.

Louis Pons – Marseille, 1927 – Marseille, 2021. Dessins, assemblages, sculptures.
Pons débute sa vie professionnelle comme ferronnier puis devient dessinateur de presse. Autodidacte, il reçoit des conseils dans l’atelier du lithographe Jo Berto ; il est aussi impressionné par les dessins de Louis Soutter et le travail de Lichtenberg. Débute alors, en 1950, une grande production de dessins fantastiques à l’encre de Chine décrivant un monde inquiétant, peuplé d’animaux irréels. À partir de 1959, à la suite de troubles visuels, commence la période des assemblages qu’il organise dans le cadre classique d’un tableau. Il réunit des objets hétéroclites, matériels de rebut, vieux bois et ferrailles, animaux momifiés, et donne à ses œuvres une horreur poétique encore amplifiée par l’humour des titres qu’il leur attribue. Dans les années 1965 il crée quelques sculptures dans des matériaux de récupération assez proches de l’Art brut. Il s’installe à Paris en 1973 après avoir longtemps habité à Marseille, en Haute Provence et dans le Var. Ses premières expositions datent de 1954 et il est représenté par la Galerie Claude Bernard puis Baudoin-Lebon à Paris. Son œuvre est présent dans beaucoup de collections publiques, musées de Marseille, M.N.A.M., Ville de Paris, Fondation Maeght, F.N.A.C., Genève, Washington, et dans de nombreuses collections privées.

Jean Raine – Bruxelles, 1927 – Lyon, 1986. Peintre, écrivain, cinéaste.
Jean Raine publie des poèmes dès l’adolescence dans la revue créée par F. Verhesen ; il rencontre alors Luc de Heusch, futur réalisateur avec lequel il collaborera, et Hubert Juin qui l’initie au surréalisme. Pierre Alechinsky, rencontré en 1944, le fait participer à l’aventure du groupe CoBrA. Il publie plusieurs textes dans la revue du groupe et organise Le Festival du film expérimental et abstrait lors de la deuxième exposition d’art expérimental CoBrA à Liège en 1951. Très intéressé par le surréalisme, il rencontre à Paris Magritte, Marcel Lecomte et Louis Scutenaire. André Breton lui fait connaître Pierre Mabille avec lequel il réalise son premier film documentaire. En 1962, il expose pour la première fois à la Galerie Saint-Laurent à Bruxelles. À Paris, grâce à Pierre Alechinsky, il expose en 1964 à la Galerie du Ranelagh. Ses grandes encres de Chine datent de ces années-là. À San Francisco, il découvre la peinture acrylique et l’Action painting, expose aux universités de Berkeley, de Stanford, ainsi qu’à San Francisco et Los Angeles. À partir de 1968, il s’installe à Lyon pour enseigner et séjourne tous les étés en Italie, où il expose aussi régulièrement. Raine fait partie des fondateurs du « club Antonin Artaud » qui propose la pratique artistique comme thérapie. Son œuvre est représentée par la galerie Descours à Lyon.

Serge Rezvani – Téhéran, 1928. Peintre, graveur, écrivain, auteur-compositeur-interprète.
Serge Rezvani étudie d’abord dans l’atelier d’Émile Othon Friesz jusqu’en 1946 et participe à de nombreuses expositions collectives, dont celle des Moins de Trente Ans en 1945. Dès 1947, il illustre un livre de Paul Éluard et réalise des vitraux d’église. Dans sa première période, il pratique une abstraction totale sans aucune association avec des éléments quelconques de la réalité. À cette époque, et durant vingt années, il vit reclus avec son épouse dans une bâtisse du massif des Maures. Dans les années 1960, Serge Rezvani se détourne de la peinture et écrit des pièces de théâtre, des romans, compose plus de 150 chansons dont certaines très connues. Par intermittence, la peinture revient : dans les années 1970, l’artiste peint une série de très grands formats figuratifs qui seront exposés par le Centre Pompidou de Paris. Dans les années 1990, il retravaille certaines de ses œuvres datant des années 1960 « afin de les parer d’un masque esthétique » comme il le dit lui-même. Serge Rezvani continue d’écrire et de dessiner, se nourrissant perpétuellement de sa réflexion sur le monde pour continuer de créer. Il va prochainement publier un livre sur la peinture.

Maurice Rocher – Evron (Mayenne) 1918 – Versailles, 1995. Peintre.
Maurice Rocher commence à peindre à 14 ans puis étudie à l’École des Arts Appliqués du Mans de 1934 à 1936. Il découvre en Belgique les expressionnistes belges contemporains. À Paris, il suit les cours de l’Atelier d’Art Sacré, de 1936 à 1939. Profondément croyant, ses premières peintures illustrent de manière strictement figurative et sage, malgré quelques accents expressionnistes, des scènes de l’histoire sainte. Il remporte le Prix de la Jeune Peinture en 1952. De 1954 à 1965, il libère complètement son langage pictural, donnant la primauté à l’expression et à la violence, afin de manifester plus fortement ce que les yeux ne voient pas. À partir de 1965, Maurice Rocher délaisse totalement les sujets religieux et se concentre sur les protagonistes de notre comédie humaine contemporaine, des notables dont les faciès interchangeables montrent sa vision pessimiste de la société. Il peint les femmes, aussi, tour à tour rédemptrices ou envahissantes, voire monstrueuses, puis des églises à nouveau mais hallucinées, convulsionnées de l’intérieur. De ces thèmes récurrents, le dénominateur commun est l’humain, dans toute sa souffrance, sa passion, au sens religieux du terme.

Claude Viallat – Nîmes, 1936. Peintre.
Claude Viallat est né en 1936 à Nîmes, où il vit et travaille toujours aujourd’hui. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Montpellier de 1955 à 1959 puis à l’École supérieure des Beaux-Arts de Paris de 1962 à 1963. En 1966, il adopte un procédé à base d’empreintes qui l’inscrit dans une critique radicale de l’abstraction lyrique et géométrique. Une forme neutre, ni naturelle ni géométrique, est répétée sur une toile libre, sans châssis, déterminant la composition de l’œuvre. Il est l’un des fondateurs de « Supports/Surfaces » dans les années 1970, mouvement qui appelle à un renouvellement de l’art par la remise en question des matériaux traditionnels. Viallat commence ainsi à travailler sur des bâches industrielles et divers supports sur lesquels il répète à l’infini une sorte d’osselet au pochoir devenu sa signature. Ce motif ouvre une réflexion sur le sens du geste créatif et le statut « d’œuvre d’art ». Il réalise également des sculptures avec des matériaux de récupération, travaillant sur les tensions, les états de la matière, les contrastes de la forme. Désormais à la retraite, Viallat n’en continue pas moins ses recherches exploratoires. 

Scottie Wilson – Glasgow 1890 – Londres 1972. Peintre, dessinateur.
Autodidacte et analphabète, Louis Freeman, dit Scottie Wilson, commence à travailler à l’âge de dix ans puis s’engage dans l’armée à 16 ans. À la fin de la guerre, il émigre au Canada et devient brocanteur ; c’est là, dans son arrière-boutique qu’il commence à dessiner. Il a quarante-quatre ans. Si ses premiers dessins sont inquiétants et sombres, rapidement ils dévoilent un univers personnel joyeux, coloré et serein qui évoquent pour certains les motifs ornementaux des Indiens. Les œuvres de Scottie Wilson furent collectionnées par Pablo PicassoJean Dubuffet et André Breton et, bien que faisant partie de l’Art brut, elles figurent dans de nombreux musées dont la Tate Gallery de Londres et le Musée national des beaux-arts du Québec. Scottie Wilson dessine aux crayons de couleur des compositions très inventées, comme patiemment tissées et dont la poétique rappelle parfois celle de Paul Klee. C’est l’un de ces artistes pour qui la création est une nécessité vitale. Il dessine avec une « authenticité sans trucage » selon l’expression d’un critique d’art et cherche à traduire une sorte de message visionnaire, un « royaume de paix » comme il le dit lui-même.