André Marchand, itinéraire d’un peintre provençal, les 10 ans de la donation Menu-Branthomme

29/07/2017 - 26/11/2017

17-Marchand carton recto

 

« Si je peins mon esprit flotte quelque part en Méditerranée et sur les bords du Rhône »

Le Musée Estrine est très heureux de célébrer les dix ans de la donation Menu-Branthomme avec cette exposition exceptionnelle André Marchand , itinéraire d’une peintre provençale qui souligne le lien étroit unissant le peintre à la Provence. En accueillant en 2007 plus de 80 œuvres, le Musée Estrine est devenu le lieu référent de l’étude et de la valorisation de l’œuvre d’ André Marchand

André Marchand est un peintre de son temps. Il quitte Aix-en-Provence ou il a baigné dans la peinture cezannienne et part pour Paris en 1929 où il fréquente à la fois le Louvre et les avant-gardes. Avec Pierre Tal-Coat et Francis Grüber, il participe au groupe «Forces nouvelles» fondé par Henri Héraut qui milite en faveur d’une nouvelle figuration en réaction à la déferlent abstraite. Tous prônent « le retour au métier consciencieux de la tradition dans un contact fervent avec la Nature » et se positionnent contre le surréalisme, le cubisme ou l’impressionnisme. Ces premières œuvres dite « monochromes» aux visages statufiés, aux lignes d’horizons basses et aux paysages désertiques lui valent la reconnaissance de ces paires. Il obtient en 1937 le Prix Paul Guillaume, prix qui récompensait le peintre le plus talentueux de sa génération, avec La jeune femme et le paralytique.
La guerre éclate, Marchand est mobilisé et c’est en pleine débâcle, en 1940, qu’il fait l’expérience de la couleur « Je vois l’évidence d’une rouge pur (coquelicots), d’un vert pur (l’herbe), d’un bleu pure (le ciel dans l’herbe). Je quitte mon ancienne vision ce matin là ». S’en suit une peinture nouvelle, marquée par un dessin stylisé et une palette contrastée associant des couleurs pures (rouges, oranges, verts, jaunes et violets) à des noirs ou des bleus sombres. L’exposition de 1946 à la Galerie Maeght est une consécration avec des peintures devenues aussi célèbres que les Parques ou Astarté. Mais Marchand n’est pas peintre à s’enfermer dans un « système » et très vite il va faire voler en éclat cette peinture solaire, reconnue et appréciée, en cherchant dans la campagne bourguignonne la vraie nature des choses, celle que seul le peintre peut entrevoir.
Marchand peint la Nature ; des paysages, des arbres, des forêts et des bords de mers. Il cherche à confondre Homme et Nature en composant des œuvres où tous les éléments sont liés. La mode est à l’abstraction et ses tableaux à contre-courant des précédents l’éloignent du succès et de la vie publique. Après la Bourgogne, ce sera la provence d’Arles et des Alpilles et la Bretagne de Belle-Ile. Dans ces natures aux spécificités si différentes, Marchand s’emploie à recomposer picturalement ce qui est à l’intérieur de chacune d’elle. De la Provence, il magnifie les architecteurs d’Arles, joue avec les vols des hirondelles sur les bords du Rhône et les reflets de lumière sur l’eau. Il trouve en l’arlésienne une déesse antique et dans le taureau toute la puissance nécessaire à son mythe . Les natures mortes auxquels il préfère le terme vies silencieuses seront aussi un des grands sujets de sa vie arlésienne. Elles lui rappellent son enfance cézannienne et dégagent une volupté quasi sexuelle dans leurs formes et leurs matières. D’Arles, Marchand dérive dans les Alpilles et s’installe régulièrement à Servanes d’où il pénètre plus en avant la Natures des Alpilles. Il peint la minéralité du massif, ses oliviers et ses cyprès et le bouillonnement des herbes sauvages comme Van Gogh l’avait fait avant lui autour de Saint-Paul-de-Mausole. André Marchand franchit une nouvelle étape avec ces peintures-natures aux portes de l’abstraction qui ouvre une nouvelle fenêtre sur l’immensité du monde.
« L’Homme n’a besoin pour vivre, en définitive que de ce regard intérieur respirant la totalité de l’univers, non dans ce qu’il voit, mais dans ce qui s’entrevoit. Je pense que le peintre, désormais, peut se diriger, droit devant lieu, dans une nouvelle figuration du monde.» (André Marchand)

Elisa farran, directrice du Musée EStrine